Sur les sentiers du « joyau » Courossé

À l’approche du 15 août, nous vous emmenons à la découverte d’un lieu inattendu et extraordinaire dans les Mauges, à La Chapelle-Saint-Florent : Courossé. Que vous soyez amateur de spiritualité, de nature et de beaux paysages ou d’Histoire, ce site de 46 hectares vous enchantera. Il a été acheté par le baron Ernest Arnous-Rivière (1835-1916), propriétaire du château de La Baronnière, dans les années 1880. Pour la radio RCF Anjou, Anne du Boucheron, sa descendante et l’actuelle propriétaire de La Baronnière, a joué les guides sur les sentiers de Courossé. « On dit que 30.000 personnes visitent chaque année cet endroit, raconte-t-elle. On pense qu’on est toujours seul dans ce site et, en fait, tous les jours quelqu’un vient prier, surtout le dimanche et les jours fériés. Tous les jours, quelqu’un passe ici, même l’hiver. »

 

Écoutez l’interview d’Anne du Boucheron, sur le chemin de Courossé, avec RCF (L’Été en Anjou | Juillet 2015)

 

Le cirque de Courossé est l’un des plus pittoresques d’Anjou, aussi appelé « le joyau de la Suisse angevine ». On y trouve de nombreuses essences d’arbres, comme des pins noirs, des chênes, des aulnes ou des noyers, et, de par son paysage et ses vues, il a été classé en 1995. Autrefois, on arrivait à La Baronnière par « L’avenue ». L’entrée de cette allée, au sud-ouest de la propriété, est toujours visible aujourd’hui : on peut voir le portail entouré de piliers et d’un muret. L’entrée de Courossé se trouve juste en face, de l’autre côté de la route. Un parking est à la disposition des visiteurs. La visite est gratuite et se fait uniquement à pied, le site étant très escarpé.

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La croix et le panorama

 

Si vous suivez le chemin boisé (à droite), vous arriverez sur un gigantesque rocher à pic surmonté d’une énorme croix et d’un Christ en fonte de fer. Ce calvaire monumental, à 70 mètres de hauteur, domine de façon extraordinaire tout le cirque de rochers constitué des méandres de la rivière Èvre (voir encadré). Le panorama est magnifique et s’étend sur plus de 25 km.

On peut apercevoir le vieux moulin de La Loge, les coteaux verdoyants du Grittay, les clochers de La Boissière-sur-Èvre, du Fuilet et de Saint-Rémy-en-Mauges. En contrebas, l’Èvre, encaissée au milieu de deux coteaux, décrit deux boucles prononcées puis passe devant la grotte et, après avoir contourné le château de La Baronnière, va se jeter dans La Loire à 3,3 km de là, près de La Chapelle-du-Marillais. Ses eaux calmes l’été deviennent tumultueuse comme celles d’un torrent l’hiver. Sur la rive opposée de l’Èvre, au premier plan, on distingue la métairie de Courossé ou « ferme du pape » car, au XIXe siècle, elle a été léguée par une noble dame au pape Léon XIII qui s’en défit quelques années plus tard.

En novembre 1889, le curé de La Chapelle-Saint-Florent, l’abbé Clément Poissonneau, invite deux missionnaires de Notre Dame du Chêne à prêcher une mission. Comme c’était la coutume à l’époque, à la clôture de la mission, on érigea une croix souvenir. À cause des intempéries, la croix fut remplacée une première fois en 1912, une deuxième fois en 1946 et la dernière fois en 1984.

 

 

Le chemin de croix

 

À gauche de la croix, suivez les escaliers en lacets qui, en 280 mètres, vous conduisent devant une grotte érigée en 1889 et baptisée « La Lourdes des Mauges » car ce fut dans l’Ouest, le premier sanctuaire érigé dans un cadre rappelant de si près le rocher de Massiabelle à Lourdes. Les aménagements du coteau -lacets, escaliers, rampes et dallage devant la grotte- se firent au début des années 1892 et 1893. « Tous les lacets faits en 1892 ça représentait 101 jours de travail de tous les gens du coin », indique Anne du Boucheron au micro de RCF.

« Quand ils ont fait ces lacets, histoire incroyable, au moment où on a creusé, on a retrouvé un site bourré de squelettes juste au-dessus de la grotte. On va donc chercher le baron Arnous-Rivière qui va chercher le curé Poissonneau. Mon grand-père demande si on peut mettre les ossements dans le cimetière ». Dans le doute sur les origines de ces squelettes – Républicains ou Chouans ?- le curé refusa. Les ossements sont restés dans le coteau. N’oublions pas que, durant les guerres de Vendée, on s’est battu dans les coteaux de Courossé et autour de La Baronnière qui était alors la demeure de Bonchamps.

On est dans une région où, la Révolution, c'était le roi et la religion. C'était précieux, on ne pouvait pas toucher à la religion. (AB)

 

 

Les mosaïque d’un artisan local

En avril 1951, pour fêter l’installation d’une nouvelle Vierge dans la grotte de Courossé -la première ayant été brisée (cf : plus loin)-, on fixa les stations de chemin de croix dans les lacets du coteau. Ces mosaïques ont été réalisées par un jeune artiste de La Chapelle-Saint-Florent, Victor Palussière. Ce fut une très grande fête en présence du vicaire général, des descendants Arnous-Rivière et d’« au moins 1.500 personnes », selon les Ephémérides de 1950 et 1951 trouvées dans les archives diocésaines du Maine-et-Loire. Après la messe, le matin, le et chemin de croix, l’après-midi, la soirée fut consacrée aux « stands, bar, buvettes, tirs », raconte un journal local.

En 1958, pour le centenaire des apparitions de Lourdes, les paroissiens débroussaillent, réparent l’escalier et les bancs de bois, repeignent la croix du calvaire et les petites croix du chemin de croix et rafraîchissent la plaque des anciens prisonniers. En 1989, le grand escalier entre le calvaire et la croix est inauguré pour l’arrivée du centenaire de la grotte. Le chemin de croix a été restauré en 2014. « Là, ils viennent de mettre les petites croix en bois, montre Anne du Boucheron. La Fondation du patrimoine a donné une enveloppe car, malgré la déchristianisation, les gens tiennent beaucoup à leur chemin de croix. »

 

 

 

La grotte Notre Dame de Lourdes

 

En bas de l’escalier, vous arrivez à la grotte baptisée « La Lourdes des Mauges » et à une esplanade à double étage, dotée de bancs en bois, sous les frais ombrages de cèdres séculaires. En septembre 1887, le curé de La Chapelle-Saint-Florent, l’abbé Poissonneau, « un homme de caractère », raconte Anne du Boucheron, part faire un pèlerinage diocésain à Lourdes (dont l’apparition date de 1858). « C’était à l’époque l’engouement pour Sainte Bernadette de Lourdes. » Il y achète une statue de la Vierge pour 253 francs grâce à une quête auprès des paroissiens qui lui rapporte 261 francs (68 francs du tronc et 193 francs de dons dont 60 francs du baron Arnous-Rivière « et de ses enfants », et 16 francs du baron Arnous-Rivière « et de son personnel », précise une note manuscrite de l’abbé Poissonneau). Il fait bénir la Vierge sur place.

À l’époque, son idée était de faire une grotte comme à Lourdes. Mais où ? La question ne fut pas tranchée pendant deux ans. L’abbé décide finalement que ce sera à Courossé. Une grotte fut construite avec l’aide des paroissiens. Elle y est placée le 27 septembre 1889. « Et tout commence là, avec cette histoire, note Anne du Boucheron. Mon grand-père Ernest avait déjà ouvert cet endroit pour que les gens viennent se recueillir. Les villageois étaient tout à fait libres de venir ici et l’abbé Poissonneau a voulu absolument faire une grotte donc mon grand-père était d’accord. » Une source dans le creux de la grotte rappelle la source de la grotte de Lourdes.

En 1939, pour le cinquantenaire de la grotte, la paroisse acquiert une statue de Bernadette. Son installation dans la grotte devait être l’occasion d’une fête. Mais la guerre arriva. Ce n’est qu’en 1946 que la statue fut apportée à Courossé, en même temps que la plaque de reconnaissance des prisonniers. En mai 1950, lors de travaux de restauration et de nettoyage, la statue de la Vierge est cassée car elle n’était pas scellée. Une souscription permit de récolter 50.000 francs. Mais la fabrication de la statue prend du retard et la bénédiction, prévue le 29 octobre 1950, est reportée au mois d’avril 1951. La nouvelle Vierge est « une belle œuvre d’art, du poids respectable de 250 kg en pierre reconstituée venant des Ateliers Nisser de Versailles. [Elle] porte la ceinture bleue sur la robe blanche avec au bras un chapelet d’or et sur les pieds des roses d’or », détaille un journal local ce jour-là.

Ex-voto, bougies et pèlerinages

La paroisse de La Chapelle-Saint-Florent a fait de Courossé « un lieu de pèlerinage ». Encore aujourd’hui, dans la grotte de Courossé, l’autel est fleuri et la cire dégouline sur les chandeliers. « Il y a toujours des gens qui prient même si, aujourd’hui, il y a moins d’engouement pour les grottes, Sainte Bernardette et les Vierges, indique Anne du Boucheron. Quelqu’un du village vient relever le tronc tous les lundis et il y a toujours des petites pièces. Là, deux petites bougies ont été mises il n’y a pas longtemps. » Il y a également de nombreux ex-voto. « Là, 1890 écrit à la main, montre-t-elle. Une petite pierre pour un remerciement donc il s’est sûrement passé quelque chose en 1890… » 

On raconte qu'il y a vraiment eu des enfants, des paralysés, qui ont été soignés grâce à cette Vierge. (AB)

En effet, dans les archives diocésaines de La Chapelle-Saint-Florent, il subsiste quelques témoignages. L’histoire, par exemple, d’un écolier devenu sourd d’une oreille en raison d’un porte-plume brisé dans son oreille en 1892. Deux mois plus tard, ses parents organisent un pèlerinage paroissial à la grotte et l’enfant guérit au neuvième jour. Autre déposition, celle de la fille d’un meunier de Courossé. À 17 ans, elle attrape une forte fièvre. Quelques mois plus tard, son pronostic vital est engagé et aucun médecin ne parvient à la soigner. Vers 1985, elle demande à aller à la grotte, neuf jours de suite. Elle guérit quelques temps plus tard. « J’ai toujours attribué cette guérison à Notre Dame de Lourdes de Courossé, et chose que je n’ai jamais pu comprendre et qui m’a fait beaucoup de peine, monsieur le curé Poissonneau n’a jamais voulu célébrer à la grotte une messe d’action de grâces », a-t-elle raconté vers 1950, alors âgée de 73 ans.

« Autrefois, il y avait la fameuse descente aux flambeaux du 15 août qui était magnifique, se souvient Anne du Boucheron au micro de RCF. On voyait tous ces flambeaux évoluer du haut de cette croix, toute cette foule qui allait jusqu’à la grotte. Maintenant, tout cela est un peu abandonné mais j’aimerais bien refaire cela. [En 2015], notre curé a demandé à ce qu’on fasse une messe en bas dans la grotte. On a fait cette messe en pleine nature avec un magnifique rosier blanc, un banksiae, qui descendait de la croix. C’était une vague de roses blanches. On était tous en bas. Donc moi, j’aimerais beaucoup que ça vive un petit peu mais c’est un endroit méconnu et je suis très contente que ce ne soit pas si connu que ça. »

 

Le village abandonné

 

Après la grotte, en suivant le sentier ombragé vers la gauche, vous passerez devant les ruines romantiques d’un village et d’un ancien moulin à eau dont il reste l’emplacement de la roue à aubes. Là, vers 1790, vivaient plusieurs familles. Un village plein de vie. C’était également un lieu de passage très fréquenté entre Saint-Pierre-Montlimart et la Loire avec une traversée de la rivière par un gué et une passerelle. « Les habitants sont partis parce qu’à ce moment-là, il y a eu l’impôt sur les toitures », raconte Anne du Boucheron. Les moulins ont cessé de fonctionner en 1921.

Ma grand-mère, en 1907, venait ici avec sa mère chercher les fermages des habitants du village de Courossé. (AB)

Au début du siècle, 45 moulins à eau s’égrenaient au fil des 90 km de l’Èvre. Ces moulins étaient des bâtiments tout en hauteur installés sur une dérivation du cours d’eau. À leurs côtés, les habitations étaient au contraire tout en longueur à flanc de coteau. Quelques étables étaient destinées à élever les cochons. Il y avait aussi un poulailler et deux jardins : le premier, directement situé sur les alluvions fraîches de la rivière et le second, plus haut au pied du coteau. Enfin, un chemin creux menait vers le moulin à vent avec lequel le moulin à eau fonctionnait en couple.

« C’est un des sujets pendant nos assemblées générales parce que beaucoup de gens nous demandent ce qu’on compte faire du village, explique Anne du Boucheron. Sauvegarder les murs peut-être… Je ne veux pas qu’on rase les murs à deux mètres. Je voudrais qu’on conserve tous les pans de murs. Le village est sorti du lierre il y a deux ans parce que les retraités de La Chapelle-Saint-Florent qui entretiennent le site, le jeudi, une fois par mois, ce sont des amoureux du site, ont déjà commencé à enlever quelques lianes de lierre et vraiment on voit que c’est un village. »

>> À lire : Le récit du meunier de Courossé par H. Jagot, Journal des débats politiques et littéraires, octobre 1922.

« Le village est en ruines mais vous avez ce grand thuya qui est toujours là et qu’on voit sur toutes les cartes postales de la grotte de Courossé, indique Anne du Boucheron au micro de RCF. Là, ici, on avance tout à fait à gauche du thuya et, là, on passe par un passage. On voit encore le passage sur la photo mais évidemment il est démoli. À droite, il y a le moulin au bord du bief, on voit encore un pan de murs ; après, il y avait une quinzaine de maisons. Derrière la végétation, on voit vraiment qu’il y a encore plein de constructions au dos de la roche, contre la colline. Vous avez un premier rang de maisons puis un deuxième rang derrière, mais on ne voit plus du tout parce qu’il y a des arbres comme ce noyer qu’on va abattre cette année. On va essayer de décoller le lierre. Ici, il y a un escalier qu’on aurait voulu rénover. Il y avait une petite alcôve dans un mur où il y avait une petite Vierge. Évidemment, cela a été volé. »

 

L’association des Amis de Courossé

 

Depuis le XIVe siècle, cette terre n’a appartenu qu’à deux familles. Aujourd’hui, le site de Courossé -l’allée, le coteau et ses abords- est une propriété privée, ouverte au public depuis plus d’un siècle, qui fait partie du domaine de La Baronnière. La mairie de La Chapelle-Saint-Florent l’entretient à travers l’association des Amis de Courossé. Celle-ci est chargée de la sauvegarde et de la promotion du site. Anne du Boucheron participe aux assemblées générales : « J’exige qu’il n’y ait aucune construction sur ce site naturel : pas de WC, pas de crêperie, pas de parking… En haut, ma mère a donné un terrain pour organiser des pique-niques. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources :
– RCF – L’été en Anjou – Juillet 2015
– Allocution pour le centenaire de Courossé en septembre 1989 (archives diocésaines du Maine-et-Loire)
– Manuscrit de l’abbé Poissonneau (archives diocésaines du Maine-et-Loire)
– Petit guide du touriste – commune de La Chapelle-St-Florent
– Site internet Le Centre Régional de la Propriété Forestière (CRPF) Pays de La Loire
– Note de Christophe Chéné d’Aigremont (archives diocésaines du Maine-et-Loire)
– Déposition de mademoiselle Célestine Chéné (archives diocésaines du Maine-et-Loire)
– Éphémérides 1950 et 1951 (archives diocésaines du Maine-et-Loire)
– Dictionnaire historique du Maine-et-Loire / Célestin Port (archives départementales du Maine-et-Loire)
– Tables d’orientation de Courossé
– Coupures de presse