Les conseils d’Anne : la vie dans un potager

Quant potager rime avec esthétique. Anne du Boucheron, la propriétaire de la Baronnière et descendante des fondateurs de l’actuel château, était l’invité de de l’émission Rose Tomate, sur Radio Fidélité, le 28 octobre 2016. Elle explique à Christine de Langle et Rémi Fruchard comment et pourquoi il faut créer un équilibre biologique dans un jardin potager. Voir les photos du jardin potager du château de La Baronnière

Zéro pesticide

« La vie dans un jardin potager est extrêmement importante d’abord pour avoir une santé correcte. Quand on voit le nombre de maladies et les cellules qui sont agressées par tous ces pesticides et la pollution, on se pose quand même beaucoup de questions », indique Anne du Boucheron qui a pris de nombreux cours à Bruxelles où elle a vécu 15 ans avant de s’installer dans la propriété familiale de La Baronnière, dans le Maine-et-Loire. « Si on prend de la mauvaise nourriture, forcément on est malade et on ne régénère pas nos cellules. C’est pour cela que ce potager m’a passionnée. » Dans son jardin potager, Anne du Boucheron n’utilise quasiment que des matières organiques : « Les pesticides font mourir tout ce qui est vivant, dit-elle. C’est la mort du vivant. Ce qui est très important c’est de créer une vie dans le sol. »

Réparer la terre

Une bâche bio pour l’hiver. À l’automne, en novembre, lorsqu’il n’y a plus de légumes, de cucurbitacées ou de fleurs annuelles, il faut protéger la terre. Éviter le plastique et préférer une couche de 5 à 10 cm de fumier pour les nutriments. Ajouter une bonne couche de feuilles ramassées dans les sous-bois (pas de pin et autre résineux, trop acides, mais des feuilles de platane si elles sont broyées à la tondeuse, ou de tilleul) et une couche de carton. Le carton qui va fondre durant l’hiver. Pour que le carton ne s’envole pas, mettre du sable -les légumes adorent le sable !- des bûches ou des pierres.

Labourer une terre ? Jamais ! Au mois de mars, à l’heure de planter les petits godets, il ne faudra absolument pas labourer la terre. On n’ouvre jamais une terre. On ne démolit jamais une terre. Plus on a du vivant dedans, plus les plantes vont être belles et vont faire de la racine. Le but c’est de faire de la racine.

Le test. Pour savoir si la terre est prête à être plantée, se munir d’un petit bâton et l’enfoncer sans effort dans la terre. S’il s’enfonce facilement sur environ 5 cm, la taille d’un godet, c’est bon !

Pour le plaisir des yeux. Quand on soulève le carton, c’est merveilleux de regarder un sol plein de vie, toutes ces galeries, ces taupes, ces carabes, ces fourmis, ces petites bêtes qui se réfugient dans la terre. Sur 100 m2 de terre vivante, on peut collecter 15 kg de vers de terre qui vont traiter 600 kg de terre sous forme de petits tortillons brins pleins de potassium et de phosphore. « C’est de l’engrais, c’est un cadeau ! »

Éviter la mauvaise herbe

La paille… sans paille. Après avoir planté les godets de légumes ou de fleurs, il faut pailler pour éviter les mauvaises herbes. Éviter la paille qui apporte souvent beaucoup de petites graines et dont on ne sait jamais d’où elle provient ni si elle est correcte.

Le conseil d’Anne : le BRF. Pour pailler, le Bois Raméal Fragmenté (BRF) est une très bonne solution. Ce sont des copeaux de bois vert broyés, écrasés et effilochés. Cette technique, importée du Canada, apporte à la fois de l’engrais, une économie de 80% du désherbage et de 50% d’arrosage. Il faut mettre une couche de 8 cm. Le « big bag » d’1 m3 coûte moins de 50 euros. D’autres paillages existent en jardinerie comme la cosse de cacao ou la cosse de sarrasin.

Les amis et les ennemis

L’hôtel des amis. Dans un jardin, les insectes sont très importants donc cela peut-être très intéressant de construire un hôtel des insectes. Celui de La Baronnière est composé de bûches creuses sur lesquelles on a empilé des branches de différentes tailles, des pierres et de la paille recouvertes de belles tuiles. Les bûches attirent les hérissons, ouvrier très important dans le jardin car il croque les vers de terre s’il y en a trop, les chenilles et les limaces. Ailleurs se nichent des orvets, des guêpes ou des perce-oreilles et autres insectes.

Sarrasin vs limace. Le paillage en cosse de sarrasin est bien utile quand on a des salades ou des plantes dévorées par les limaces : les cosses de sarrasin coupent le ventre des limaces donc elles n’ont pas du tout envie de s’y aventurer et cela évite de mettre des gélules anti-limaces qui tuent les hérissons.

Perce-oreille vs puceron. Pour éviter les chenilles, le perce-oreille est un bon ami. Dans le verger, on l’attire avec de la paille tassée dans de vieux pots en terre cuite renversés. Faire une petite croix en fil de fer, bien maintenir le bouchon de paille dans la grande ouverture du pot, ressortir par le petit trou, faire un crochet et placer le pot le long du tronc, à l’envers. Bonus : le perce-oreilles croque aussi le végétal abîmé des poiriers et des pommiers.