Dessin de Bonchamps paru dans le livre de Chauveau

Dans les pas de Bonchamps à St-Florent

Le 5 septembre, Anne et Olivier du Boucheron ont reçu une cinquantaine de membres des Vieilles maisons françaises (VMF) des Deux-Sèvres. Depuis 1958, cette association se consacre à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine bâti et paysager. Ces visiteurs d’une journée ont parcouru le jardin potager et l’histoire de La Baronnière. Cette sortie a aussi été l’occasion de découvrir ou redécouvrir Bonchamps et les Guerres de Vendée à travers une visite de Saint-Florent-Le-Vieil, à une dizaine de kilomètres au nord, en compagnie de Jacques Briant, guide de l’office de tourisme. Voici des extraits de leur compte-rendu.

L’étincelle des Guerres de Vendée

« Nous avons fait un premier arrêt sur la vaste place d’Armes, située devant la façade de l’abbatiale, qui surplombe la Loire de plus de 40 mètres, offrant un panorama exceptionnel. Au début des Guerres de Vendée, la Vendée militaire comprend presque tout le département de la Vendée, le nord des Deux-Sèvres, le sud de la Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire. Le début de la Révolution apporte [aux paysans] l’espoir d’une amélioration de leurs conditions de vie, mais cet espoir est vite déçu. La Constitution civile du clergé ébranle la population. Dans la région, peu de prêtres prêtent serment. Avec l’aide des fidèles, les autres se cachent pour ne pas être arrêtés, et les offices ont lieu la nuit dans les champs (…).

En 1793, une armée est levée pour aller combattre les Prussiens. Les conscrits sont désignés par des tirages au sort organisés dans les chefs-lieux de district, dont Saint-Florent. Le 12 mars 1793, sur la place d’Armes, 40 gardes nationaux armés font face à 5.000 hommes. Ceux-ci refusent le tirage au sort. Les gardes tirent un coup de semonce. Plusieurs hommes sont blessés. C’est l’émeute qui marque le début de la Guerre de Vendée (…).

Bonchamps à la tête d’une armée

Souhaitant se doter d’un chef militaire, les émeutiers se précipitent aussitôt au château de La Baronnière et demandent à Bonchamps de se mettre à leur tête. Celui-ci, très réticent, finit par accepter, mais en imposant deux conditions : que les hommes lui obéissent, et qu’ils ne tuent que pour se défendre. Le début de la Guerre de Vendée est prometteur. Douze à quinze généraux, tous jeunes, mènent leurs troupes avec allant et remportent de nombreuses petites victoires. Malheureusement, cela n’a qu’un temps. Le 29 juin 1793, lors de la bataille de Nantes, Cathelineau est grièvement blessé (…). Il meurt le 14 juillet.

Le 17 octobre, nouvelle défaite des Vendéens à la bataille de Cholet. Bonchamps est mortellement blessé. Il est ramené à Saint-Florent. Une grande partie de l’armée royale s’y trouve réunie : 80.000 personnes, combattants, femmes et enfants. Dans l’abbatiale sont enfermés 5.000 soldats républicains. Avant de quitter Saint-Florent pour entamer la « virée de la galerne », les Vendéens sont prêts à les massacrer. Mais Bonchamps, à la dernière extrémité, demande la grâce des prisonniers : les hommes obéissent à leur chef.

La mort de Bonchamps et la « virée de galerne »

Fuyant devant les Républicains, pour rejoindre les Chouans et chercher l’aide des Anglais, 80.000 Vendéens traversent la Loire par bateau ou en empruntant l’un des 3 gués. C’est la « virée de galerne », du nom du vent de galerne, un vent froid et très humide. Les lourds canons les freinent et ils doivent les abandonner dans le lit du fleuve. La « virée de galerne » se termine le 23 décembre 1793, elle aura duré deux mois. Seulement 10.000 Vendéens en reviendront.

Entre temps, le 18 octobre 1793, Bonchamps meurt au lieu-dit La Meilleraie, de l’autre côté de la Loire, près de Varades. Dans l’urgence, son corps est provisoirement enterré dans le sable. Il aura ensuite une sépulture dans le cimetière de Varades, puis à La Chapelle-Saint-Florent, et enfin dans l’abbatiale de Saint-Florent.

La colonne de la Duchesse d’Angoulême et la grâce de Bonchamps

En 1823, souhaitant rendre hommage aux valeureux combattants de 1793, la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI, vient en Vendée et est reçue par le maire de Saint-Florent. En 1828, à l’instigation de sa belle-sœur, la duchesse de Berry, une colonne-souvenir est érigée. La première pierre est posée par Madame de Bonchamps. Cette colonne a été reconstruite entre 1896 et 1899, puis restaurée à de nombreuses reprises. Mesurant 17 mètres de haut, elle est surplombée d’une imposante couronne de bronze (en attente de re-dorure) mesurant 1,80 mètre de haut, 1,70 mètre de large et pesant 750 kg.

 

[Dans l’église abbatiale], avant le chœur, sur la gauche, nous nous sommes arrêtés devant l’impressionnant tombeau de Bonchamps, réalisé en 1825 par le sculpteur David d’Angers pour témoigner de sa reconnaissance. Son nom est Pierre-Jean David dit David d’Angers, lieu de sa naissance. De famille républicaine, Pierre-Jean avait 5 ans en 1793. Son père se trouvait parmi les 5.000 prisonniers graciés par Bonchamps. Ce chef d’œuvre, en marbre noir et blanc, est dominé par la figure de Bonchamps, traité en héros. Y est gravée sa célèbre et émouvante injonction  : ‘Grâce aux prisonniers !' »